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La vie du Docteur Barry

La vie du Docteur Barry

Ex parte

Je vais vous parler d’un chirurgien militaire Irlandais du 19ème siècle, parti de rien, devenu à la fin de sa carrière inspecteur général des hôpitaux militaire de tout l’empire britannique, et qui, en utilisant le vocabulaire d’aujourd’hui : avait été assigné femme à la naissance.

introduction :

James Miranda Steuart Barry, a donc été un grand médecin militaire dans l’armée britannique, qui parti d’Irlande, au gré de nombreux postes à travers l’empire aura toute sa vie lutté pour améliorer le traitement et les conditions de vie des soldats blessés, mais aussi des indigènes (ce qui n’était pas tellement une préoccupation des anglais de l’époque soyons honnête). C’est lui qui a pratiqué la première césarienne en afrique dans laquelle et la mère et l’enfant survécurent. Et donc il a vécu toute sa vie adulte, en public comme en privé, en tant qu’homme, alors qu’il était connu en tant que fille durant son enfance.

Sa jeunesse :

Dater la naissance de James Barry est compliqué parce qu’il y a très peu de traces écrites de sa vie en dehors des archives militaires. Il serait né autour de 1789 à Cork en Irlande, sous le nom de Margaret Anne Bulkley. D’une famille assez pauvre ( son père a passé du temps dans la prison pour dette de Dublin )  mais sa mère était la soeur d’un peintre irlandais assez célèbre nommé justement : James Barry.

Le jeune Barry a reçu une éducation pour devenir tuteur, a peu près l’une des seules “carrière” qui aurait pu être ouverte à une fille à cette époque.  Et donc vers ses 18 ans, une conspiration semble s’être développé entre Barry, sa mère, et plusieurs influents amis de son oncle, pour permettre à Barry de faire des études de médecine à l’université d’Edinburgh.

Et c’est ainsi qu’en montant sur un petit bateau le 30 novembre 1809, Margaret Anne, pris le nom James Barry, neveu de feu James Barry de l’académie royale de peinture nom qu’il garda pendant les 56 ans qui suivirent.

Durant ses études, la stature frèle de Barry, son absence de barbe, sa peau lisse, et sa voix n’ayant pas muée menèrent très rapidement ses contemporains à soupçonner qu’il était…. trop jeune pour étudier ! (bien sur, je pense que encore de nos jours les hommes trans peuvent compatir à ce problème là) et donc le sénat de l’université essaya à plusieurs reprise de l’empêcher de passer ses examens. Heureusement grâce à l’influence d’un des amis de son oncle, James Barry put obtenir son diplôme de médecine en 1812, puis cette fois de chirurgie à Londres en 1813 ; moment où il rejoignit l’armée.

Sa carrière, caractère et anecdotes.

Barry après son instruction fut posté à Cape Town en afrique du sud. Son absence de naissance ou de faveur rendait peu probable qu’il obtienne une promotion, et pourtant… presque comme dans un roman, la fille du gouverneur (lord charles henry somerset) tomba très gravement malade et Barry se charga de la soigner jusqu’à rémission complète, qu’on décrivit comme miraculeuse. Barry fut accepté dans la famille du gouverneur et devint son médecin personnel ;  et en 1822 il fut nommé Colonial Medical Inspector, un bond en responsabilités immense.

Durant les 10 ans que Barry passa en afrique du sud, il travailla sans relâche pour améliorer l’hygiène en général et les conditions de vie des prisonniers, des esclaves et des gens souffrant de maladies mentales. Il vas également pratiquer une des premières césariennes connues où mère et enfant survécurent.

Bon à côté de ça, il avait son caractère. Et il se fit aussi pas mal d’ennemis en critiquant ouvertement des gens importants sur des sujets d’hygiène et de traitements des indigène, mais bon il y a des avantages à être l’ami personnel du gouverneur hein ?

Je passe rapidement sur sa carrière, il sera posté à l’ile Maurice, aux antilles. en 1845 il attrapera la fièvre jaune et sera rapatrié à Londres le temps de se remettre, puis Malte, Corfu et enfin le Canada avec à chaque poste plus de responsabilités. Partout où Barry était posté on note une amélioration des conditions de vies pour les soldats d’abord, mais aussi pour toutes les populations défavorisées. Il était particulièrement indigné par la souffrance inutile et il avait une attitude souvent… peu diplomate de réclamer des améliorations et des meilleurs traitements pour les pauvres et maltraités, qui lui valurent plus d’une fois d’être arrêté et dégradé pour “extremisme”.

Quelques exemples il a été indigné par le traitement réservé aux soldats mariés dans l’armée. Ils devaient loger avec leurs femmes dans les mêmes batiments que les soldats célibataires, parfois à 20 par chambres, le lit simplement séparé par un rideau. (Vive le romantisme) Barry a dit (et je paraphrase totalement) “tu m’étonne qu’on ait autant d’alcoolisme et de maladie vénériennes chez nos soldats.” Malgré une immense opposition à tous les niveaux de l’armée il institua des quartiers séparés pour soldats mariés, et il lutta fortement contre l’alcoolisme, qui était un fléau à cette époque dans l’armée. première cause de mort accidentelle. Il y avait tellement de soldat qui mouraient d’hypothermie effondrés dans un coin en cuvant leur gin que ça faisait partie du taux de pertes acceptables dans la navy.

Il avait des vues très modernes, voir avant gardistes sur la nutrition, il était végétarien et abstinent d’alcool. Et bien qu’il ait toujours été assez distant dans les relations personnelles, il aimait énormément les animaux particulièrement son caniche appelé Psyché.

La mort et le scandale :

En 1859, James Barry fut contraint à prendre sa retraite, pour cause de santé vacillante. et il mourut en 1865 à Londres. On aurait pu ne jamais connaitre les conditions de sa naissance si l’infirmière chargée de nettoyer le corps de Barry après sa mort – espérant se faire mieux payer qu’elle n’avait été – n’avait pas été menacer le médecin qui avait délivré l’acte de décès de barry, pour dire que Barry avait (je cite) “un corps biologiquement femelle, et des marques suggèrant que Barry avait porté un enfant à terme”.  

Quand le docteur McKinnon a refusé de payer, la femme est allé voir la presse, la situation devint publique. Lors de l’enquête qui suivit, le docteur Mc Kinnon déclara que le corps qu’il avait examiné pouvait être mâle, femelle ou hermaphrodite, mais tout ce qu’on lui avait demandé c’était de certifier que c’était bien son ami James barry avec qui il avait servi dans les colonies, et que le reste ne le concernait pas.

Après la révélation pas mal de gens ont prétendu avoir été au courant depuis le début, l’armée pour éviter le scandale fit sceller ses archives pour une durée de 100 ans. Il fut enterré à Londres sous le nom de James Barry avec tous les honneurs militaires.

Une question qu’on peut se poser quel était le genre de James Barry ?

il était AFAB, personne ne le nie. On a des traces de sa vie en tant que Margaret avant sa transition sociale, on a des lettres de sa famille. On a même une lettre de lui  vers 18 ans disant à son frère : “Si je n’étais pas une femme, je me ferais soldat “.

Mais donc selon moi il faut comparer à ce qui est comparable, il y a eu à cette époque des femmes qui se sont déguisés en homme pour pouvoir accéder à des carrières qui leur auraient été interdites autrement, mais la différence c’est que James Barry, Dans l’intégralité  de sa vie sociale, et jusqu’à sa mort, Il a toujours utilsé un nom et un pronom masculin. Il a pris des précautions pour que son identité ne soit pas mise en doute, même après sa mort. Donc pour moi il y a peu d’hésitations : Il était un homme trans. Et s’il avait eu la possibilité de transitionner légalement sans se cacher comme on peut faire aujourd’hui (même si c’est un parcours du combattant hein particulièrement en France,) il l’aurait fait.

Ma conclusion perso : pourquoi je parle de lui. Parce qu’il y a des débiles qui de nos jours affirment que être transgenre est un effet de mode, une invention moderne. Ben non, les personnes trans existent depuis la nuit des temps. Le phénomène prends des formes différentes selon les conditions de la société de l’époque et les conditions d’acceptations, parce que l’homme est un animal social affecté par son environnement c’est certain. Et nier le droit à l’existence de personnes sous un prétexte débile est quelque chose qui me révolte.