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L’affaire UraMin

L’affaire UraMin

L’affaire UraMin ou comment Areva sous la direction d’Anne Lauvergeon a dépensé presque deux milliards et demi de dollars pour des mines d’uranium vides, qui encore aujourd’hui n’auront pas produit un gramme d’uranium. Une affaire tellement catastrophique, qu’elle amènera la justice à ouvrir une enquête pour fraude et corruption. Une aventure rocambolesque où l’on croise des arnaqueurs canadiens, des présidents africains, une armée rebelle et même patrick Balkany !

C’est quoi UraMin ?

UraMin est une “petite startup” canadienne fondée en 2005, qui a racheté en quelques années des terrains “à fort potentiels d’uranium”, pour une bouchée de pain, dans cinq pays d’afrique ( Namibie, centrafrique, afrique du sud, sénégal et Niger.) Dans le contexte un des seuls petits acteurs indépendants sur le marché extrêmement concurrentiel de la production d’uranium qui du coup se retrouve à attirer l’attention de tous les grands acteurs qui commencent à saliver dessus. Et pourtant il y avait quand même quelques éléments qui auraient dû ne pas donner confiance. La société était immatriculée aux îles vierges britanniques. Un des fondateurs était à ce moment là poursuivi en corée du sud pour fraude. l’autre avait mené des opérations boursières un peu louches, à un moment elle a déménagé sa côtation de la bourse de Londres un peu stricte sur les délits d’initiés et les pièces à fournir pour la beaucoup plus détendue bourse de Toronto….

Mais malgré ça en 2007, la valeur boursière d’UraMin monte d’un coup parce que le nucléaire le nucléaire à le vent en poupe. Tous les pays émergents rêvent d’avoir leurs centrales nucléaires au point que de nombreux analystes financiers commencent à prédire que l’approvisionnement mondial en uranium vas devenir difficile à l’horizon 2040. Et…. on en vient à parler d’Areva.

Quelle était la situation d’Areva en 2007 ?

Areva, c’est le géant ultime du nucléaire. Possédé à 87% par l’état, c’est un conglomérat créé en 2001, la réunion de tous les acteurs français industriels francais nucléaire dans le but d’avoir un vrai mastodonte capable de gérer le nucléaire au niveau mondial d’un bout à l’autre de la chaîne. Depuis la construction de centrales, leur exploitation l’approvisionnement et même le recyclage du carburant. Une offre tout en un que quasiment aucun autre acteur du marché ne pouvait offrir à l’époque.  Et donc 2007… ben les choses vont plutôt bien chez Areva en fait. La compagnie a réussi à vendre des réacteurs EPR en Finlande et à Flamanville, qui ne sont pas encore vraiment en retard, et a des pistes en vendre beaucoup d’autres. Et donc une nécessité pour aller avec d’assurer un approvisionnement en uranium à toutes ces futures centrales. Or l’année précédente la plus importante mine d’uranium au monde (appartenant en partie à Areva justement), Cigar lake au canada a été inondée. Ca plus les analyses dont j’ai parlé plus tôt font que, en quelques mois, le prix de l’uranium a explosé de 30 à 135 dollars la livre. Bref Areva est aux abois. Et Anne lauvergeon a envie de frapper un grand coup  

Mais du coup… dans ce contexte, ça pouvait peut être paraître une bonne idée de racheter une société productrice d’Uranium ?

En principe oui… Mais celle là, non! Et pas seulement à cause des raisons que j ai données un peu plus tôt. UraMin avait pu acheter les terrains de ses champs d’uranium à un prix très modiques parce qu’ils avaient déjà été prospectés, puis abandonnés par les prospecteurs originaux qui avaient estimés que leur exploitation ne pouvait pas être rentables. Et qui avait décidé ça ? Des organismes français principalement :  la Cogema, le Cea… organismes qui ont été réunies plus tard pour former…. Areva. Donc racheter UraMin c’était racheter des terrains que la France avait déjà rejetés dans les années 60. Malgré ça, en 2007 Anne Lauvergeon la dirigeante d’Areva décide de se lancer dans l’aventure… en mars, elle annonce le rachat de 5% d’UraMin, ce qui enflamme le prix en bourse évidemment maintenant que tout le monde sait qu’Areva est intéressée, et quand elle se décide enfin à racheter le reste, elle est forcée de débourser presque 2 milliards d’euros… pour une compagnie qui estimait sa propre valeur (un prix déjà extrêmement discutable) à 400 millions, et qui n’avait à ce jour pas extrait un gramme d’uranium du sol.

Comment est ce qu’Areva a pu accepter de payer autant alors ?

Et bien, pour essayer d’expliquer un peu cette décision il vas falloir que je vous parle d’Anne Lauvergeon et du contexte politique de l’époque.  

Anne Lauvergeon est une exception. L’une des très rares femmes admises dans la sphère dirigeante économique en France, la seule à avoir dirigé une multinationale de cette envergure. De surcroît, elle ne vient pas de la haute bourgeoisie d’affaires mais de la classe moyenne provinciale. Son père était professeur agrégé d’histoire à Orléans. Elle a gagné par ses compétences ses galons de dirigeante puissante et redoutée, sous la gauche comme sous la droite. Elle a commencée comme conseillère spéciale de François Mitterrand avant de prendre la direction d’Alcatel. Areva comme acteur unique sur toute la chaîne nucléaire c’est sa vision qu’elle dirige d’une main de fer depuis sa création en 2001. Avec une paranoïa grandissante de se voir éjecter avec l’arrivée du d’un nouveau président comme Nicolas Sarkozy, qui pourrait vouloir séparer les activités d’Areva en multiples entités pour en faire cadeau à ses amis milliardaires comme Martin Bouygues.

Le premier versement de 5% a été fait juste avant l’élection présidentielle, le reste de l’opa a été négociée entre les deux tours, et le rachat lui même s’est réglé juste après. Si je devais spéculer j’imaginerais qu’elle pensait se rendre plus difficile à renvoyer avec une structure pareille. Et… durant tout ce process, d’après plusieurs témoins elle a interprété les nombreux voyants d’alarmes internes qui s’allumaient pour prévenir des dangers de la transactions UraMin comme des tentatives de déstabilisations contre elle. On rapporte qu’elle voyait la main de ses rivaux partout, dont le plus grand d’entre eux bien sur : Henri Proglio, dirigeant du “premier client” d’Areva, EDF, qui aurait surement voulu récupérer une partie de l’activité nucléaire dont elle avait été privée lors de la fondation d’Areva.

Parce qu’il y avait des oppositions internes ?

Oui : Les géologues d’Areva n’ont pas accès aux terrains des mines “parce qu’il n’y avait pas le temps avant le rachat.” Et l’opposition frontale du bras droit d’anne lauvergeon, Sébastien de Montessus directeur des mines, qui vas écrire de nombreux mémos avertissant Anne lauvergeon du danger de l’opération – qui ne seront pas pris en compte, mais qui lui seront très utiles un peu plus tard pour pouvoir démontrer qu’il a tout fait pour empêcher la catastrophe…

Et ce n’est pas une exagération de parler de catastrophe : D’abord… les mines de Centrafriques vont rester inaccessibles pendant deux ans. Le président centrafricain considère que le rachat n’a pas été fait légalement de son point de vue et réclame 250 M d’euros à Areva pour accéder au gisement. Pour résoudre ce “petit problème”, Areva est obligé d’envoyer négocier un entrepreneur belge accompagné de notre Patrick Balkany national. Personne ne sait exactement comment la négociation s’est déroulée, et combien de valises de billets ont été nécessaires mais le président centrafricain a retiré ses objections peu de temps après contre un versement “officiel” de 50M d’euros. et on parleraient de 40M de commissions occultes par dessus, mais c’est évidemment une spéculation.  Et malgré ça au moment ou enfin les travaux d’exploitations allaient pouvoir commencer…. en 2012 les chantiers seront évacués définitivement après une invasion par “l’armée de résistance du seigneur.” Une milice rebelle christiano-sectaire ultra violente opérant dans la région. Dont on avait justement beaucoup parlé en 2012 avec la publication du documentaire “kony 2012” si nos auditeurs se souviennent.

Ensuite en afrique du sud… alors que toutes les analyses indiquent que le gisement est très pauvre… Anne lauvergeon décide toute seule de lancer des investissements massifs à hauteur de presque 1 milliard d’euros pour construire de l’infrastructure, dont une énorme usine de désalinisation de l’eau de mer avant de finalement en 2011 annoncer l’abandon du projet pour manque de rentabilité économique…

Mais pourquoi avoir construit tout ça du coup ?

Parce que comptablement… tant qu’il y a des investissements dans le projet, il n’y a pas besoin de réduire sa valeur dans le bilan. Donc pas besoin de prévoir des amortissements donc pas besoin d’annoncer à qui que ce soit l’ampleur de la catastrophe. On se retrouve dans une situation absurde qui vas encore augmenter la facture totale du fiasco. En 2013 Areva vas revendre le gisement sud africain à une compagnie australienne pour… 5 millions d’euros.

Et quelles ont été les conséquences globales de tout ça sur Areva ?

Terrible. Au total on parle d’autour de 3 milliards d’euros fichus en l’air. Potentiellement l’entreprise aurait pu sauver une partie de son investissement si les cours de l’uranium s’étaient maintenus, mais entre temps… nous sommes en 2011 et l’accident de Fukushima a complètement changé le climat mondial sur le nucléaire. Le prix de l’uranium est retombé à 20 dollars. Et en plus pour Areva rien ne vas plus, la construction des EPR, ce réacteur top of the french quality a connu tous les déboires possibles et imaginables. Mais en parler nécessiterait une chronique rien que là dessus.

Bref L’entreprise vas très mal, et en 2011 elle publie pour la première fois des pertes à son bilan. presque 1 milliard 500 million de pertes sur un chiffre d’affaire de 9 milliards.  Anne lauvergeon vas se retrouver empêtrée dans une absurde guerre interne. Sébastien de montessus son numéro 2 dont j’ai parlé plus tôt avait engagé une entreprise d’intelligence économique suisse pour essayer de découvrir si Anne lauvergeon et son mari olivier fric n’avaient pas pu profiter personnellement du rachat d’UraMin. Le rapport de ces espions suisses finiras mystérieusement déposé sur le bureau d’Anne Lauvergeon, par une “main anonyme” dont on ignore encore l’identité. Je vous laisse imaginer la réaction d’Anne lauvergeon, qui vas dénoncer un complot de cadres qui veulent prendre sa place….

Anne Lauvergeon vas finalement être dégagée “dans le calme” par nicolas Sarkozy, pour sauver l’entreprise EDF vas racheter pour 2 milliards l’activité réacteurs nucléaires d’Areva, et la justice vas se saisir très lentement de tout ce dossier, au point que rien encore aujourd’hui n’a pu être jugé. Et voilà donc rapidement un aperçu de l’affaire UraMin, et de pourquoi elle aurait pu détruire le nucléaire français.

Réferences :