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Lavrenti Beria

Lavrenti Beria

Ce texte rassemble une partie des notes de David (celle à peu près rédigée 😉 ) pour sa chronique sur Beria de l’épisode 5 d’Age Critique.

Je vais vous parler du plus mystérieux des quatre hommes qui dînèrent avec Staline le 28 février 1953, la veille de l’attaque cérébrale qui lui coûta la vie : Lavrenti Pavlovitch Beria

Beria a tour à tour été présenté comme un espion anglais, un serial killer maniaque sexuel, un grand humaniste, un trotskiste, un nationaliste géorgien, l’assassin de Staline, … On va essayer de trier le vrai du faux… mais avant toute chose je suis sur qu’une bonne partie d’entre vous se demandent qui peut bien être Beria

Qui est Beria ?

C’est un hiérarque soviétique qui, à la tête du NKVD, la police politique soviétique de 1938 à 1945, est entre autre connu pour avoir exécuté bon nombres des basses oeuvres de Staline qui, selon la légende, l’aurait présenté comme “notre Himmler” (même si cette affirmation est quelque peu douteuse). C’est entre autre sous ses ordres qu’est réalisé le massacre de Katyn, ou plus de 20 000 prisonnier polonais vont être exécutés sans aucune forme de procès après l’invasion de la Pologne par l’URSS. C’est aussi lui qui va un temps être en charge du programme nucléaire Soviétique

Mais la raison pour laquelle je vais vous parler de Beria aujourd’hui c’est que, quelques années plus tard, il va être en quelque sorte l’éphémère successeur de Staline à la tête d’une sorte de super ministère fusionnant l’intérieur et le renseignement.

L’arrivée au pouvoir

En 1953, à la mort de Staline, l’ensemble des autres dirigeants sont sidérés, rien ne semble avoir été anticipé, personne n’est habitué à prendre des initiatives, l’ambiance qui règne même au sein des hautes instances soviétiques est une ambiance de terreur et de soumission totale à un chef qui n’est plus là. Et Beria va asseoir son pouvoir en étant le plus décidé. Il va former une forme d’alliance avec Nikita Khrouchtchev et surtout Gueorgui Malenkov, tous deux eux aussi présent à ce fameux dîner. Les termes de l’alliance sont assez simples, Malenkov prend la succession de Staline à la tête de l’état, Krouchtchev prend le parti, et Beria se “contente” d’un modeste super ministère de la police politique et de l’espionnage… où il va peu à peu durant cette période exercer le pouvoir réel et prendre seul les décisions

En fait, dès qu’on lui annonce que Staline est inconscient, Beria se permet de prendre des initiatives, comme par exemple celle d’interdire d’appeler des médecins. Ce qui peut carrément faire penser à une conspiration (surtout que Beria ne cachait pas vraiment sa joie de voir Staline mort et se serait même vanté de l’avoir tué selon certains témoins plus ou moins fiables, comme Viatcheslav Molotov)

La disgrâce

Par ailleurs il avait clairement un motif : Il était en disgrâce. Et Staline avait tellement multipliés les tentatives de trouver un prétexte pour se débarrasser de Beria que ce dernier ne pouvait pas l’ignorer. Il n’était d’ailleurs encore en poste que grâce à une certaine incompétence des gens que Staline avait successivement chargés d’accumuler des preuves contre lui.

Mais là Staline était proche de son but, Beria était censé tomber grâce au conflit des blouses blanches, un groupe de médecins juifs accusés par Staline, dans un mélange de paranoïa et de volonté de faire le vide, d’avoir assassiné deux dirigeants soviétiques.

Par ailleurs, Staline avait entrepris de restructurer complètement le parti et donc le pouvoir, en supprimant le bureau politique d’environ 10 membres pour le remplacer par un présidium pléthorique de 36 membres, ce présiduim ayant l’avantage de diluer le pouvoir de ses membres et donc de pouvoir facilement en évincer quelques uns…

Néanmoins il ne semble pas évident que Beria ait effectivement tué Staline. Staline était un paranoïaque se déplaçant en permanence avec 3 voitures blindées, Beria n’était plus à la tête du NKVD depuis des années, et le dîner a eu lieu dans les appartement personnel de Staline. Même si ce qu’il s’est passé lors de ce dîner reste très mystérieux il n’est pas évident que Beria ait effectivement pu l’assassiner.

La chute de Beria

Beria va mener des réformes tambours battant… Fin des portraits lors des défilés, main tendue vers Tito… et, grisé par le pouvoir, considérant Malenkov comme un pleutre — ce qui était sûrement vrai — et Khrouchtchev comme un imbécile — ce qui ne l’était pas –, il va se comporter comme un chef tout puissant, mimant Staline dans son rapport aux autres, humiliant les autres membres de la direction, ne prenant même pas la peine de les consulter.

Surtout, il va humilier Malenkov, et donner l’opportunité à Khrouchtchev, à l’occasion d’une réforme en RDA, de fomenter un coup d’état assez rocambolesque.

Tu disais qu’il avait été considéré comme un espion anglais et un trotskiste ?

Oui, c’est une des accusations qui vont être portés contre lui lors de son procès. En fait, Beria ne va pas semble-t-il être torturé, et ses accusateurs vont pas mal galérer à trouver un motif pour le condamner et vont tour à tour l’accuser d’avoir aider les nazis, les alliés ou Trotsky. D’ailleurs, accuser Beria de trotskisme, c’est particulièrement ridicule dans la mesure où c’est lui qui a supervisé l’assassinat de Trotsky. Il va néanmoins être condamné, et Beria va surtout être utilisé comme un croquemitaine par Khrouchtchev et la direction.

Un humaniste ?

Beria a effectivement pris un certain nombre de mesures humaines comme : libérer les accusés du « complot des blouses blanches » et 1 million de prisonniers du goulag, ou encore limiter l’utilisation de la torture. Il va aussi amorcer la déstalinisation et faire arrêter le fils de Staline (qui sera condamné pour agitation, abus de pouvoir et détournement de fonds). Il va promouvoir le renouvellement des dirigeants des républiques soviétiques, en remplaçant généralement des russes par des locaux. Enfin, il va même très sérieusement envisager la réunification de l’Allemagne

Du coup c’est vraiment un humaniste ?

Si le propos est de dire que Beria est plus humaniste que Staline, oui sans doute… Mais le challenge n’est pas très élevé, et c’est vrai de l’ensemble des dirigeants qui vont lui succéder à la tête de la Russie.
Mais il est bien plus simple d’expliquer les décisions de Beria par du pragmatisme. Par exemple, la RDA coûtait cher, et à mon avis il avait aussi simplement besoin de renouveler les dirigeants. Enfin la vision de Beria humaniste infiltré a surtout été défendu par son fils, Sergio Beria, donc on peut légitimement douter de la parfaite objectivité.

Quelques sources